érick derac | textes
Christian Gattinoni
(...)
le photographe a troqué son moyen format contre une chambre. Ses
prélèvements urbains se font plus cliniques. Si Erick Derac
s'attaque maintenant à des lieux obsolètes, c'est pour en
prévenir les «Mutations» possibles, les anticiper.
La
rigueur de l'outil s'emploie à peaufiner la géométrie
plus que le pîqué. La logique des bascules et décentrements
qui redresse et rigidifie les perspectives est contredite par le geste
iconoclaste d'ajouts de couleurs grâce à des découpes
d'ektachromes ou de gélatines.
Si l'on est encore dans un processus de représentation d'espace,
les «Contaminations» colorées
que subissent ces lieux nous font transiter d'un contenu publicitaire pour
quartiers rénovés à une dimension profondément
picturale. Des titres très techniques comme «Jaune azoïque
et ferrocyanure de fer» décrivent ces couleurs en affirmant
le laboratoire chimique du peintre.
Le projet artistique s'affirme dans le temps des séries qui se succèdent.
Le systématisme des interventions se complexifie. Les moyens mis
en action se diversifient.
Après la séance de prise de vues où l'espace englobe
son corps derrière sa machine d'images sur son trépied, Erick
Derac passe à la maîtrise de la table lumineuse de travail où il
ré-englobe l'espace. Il affine ses outils pour une microchirurgie
réparatoire des surfaces urbaines. Il s'approprie des éléments
résiduels du type feuilles parcheminées par des insectes, poussières
de chantiers minuscules, fils délités de branchements suspendus,
et deviennent les plans d'une géographie souterraine. Ils réintroduisent
surtout la dimension temporelle comme première dans ces «Dissolutions» où l'image
s'épure.
Les paysages ralentis d'Erick Derac ne sont pas seulement des surfaces
corrigées
aux chantiers plastiques de la photographie, ils sont devenus des zones
temporaires d'évènements à vivre dans l'urgence
apaisée
de la ville 