érick derac | textes

Richard Leydier
Extraits de La Photographie au scalpel, Octobre 2007

La photographie prend parfois le risque de se « décadrer », de devenir « autre chose » que de la photographie. Au cours de son histoire, quelques artistes ont tracé une voie personnelle et inédite, souvent en « bricolant » très simplement la technique. (…)

Erick Derac appartient à cette famille de « photographes » atypiques. Le titre de ses séries expriment d’emblée une volonté de refondation (Sources, Chantiers), d’hybridation (Interférences, Contaminations, Partage’espa d ce) et d’exploration (Dérives) du médium photographique ; et ce, en le malmenant, en le violentant quelque peu (Dissolutions, Altérations, Caviardages). Si les intitulés empruntent tant au vocabulaire médical et laborantin, c’est bien que la démarche relève à la fois de l’opération chirurgicale et de l’expérimentation. (…)

Dans un premier temps, et d’une manière certes très « classique », il cible précisément un lieu à photographier. La prise de vue cadre le sujet d’une manière très composée, stricte, mentale. Mais le cliché réalisé ne constitue qu’un matériau. La seconde phase peut alors débuter, sur la table de l’atelier où l’artiste entreprend un véritable travail de miniaturiste. Derac intervient dans le corps sacro-saint de la photographie : l’ektachrome. (…)

(…) le travail de découpage et de recomposition dans le calme de l’atelier tranche avec celui de la prise de vue, plus conceptuel. La « post-production » au scalpel autorise des excès, l’avènement de visions que la photographie « objective » s’interdit. L’artiste projette son inconscient dans un espace de 6 x 7 cm, celui de l’ektachrome. En lui greffant ce qu’il nomme des « scories mentales », il réinjecte de l’humain, du hasard, du chaos, dans des images chargées originellement de connotations tristement terre-à-terre : abandon économique, pollution de l’environnement…(…) L’accumulation et l’incrustation de ces scories mentales génèrent de la folie et de la poésie dans un monde trop rationnel. (…)

L’artiste est un réceptacle, au même titre que son appareil photo, et tout l'enjeu des compositions d'Erick Derac consiste à mettre en scène le conflit entre ces deux types d’enregistrement de la réalité.
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