On pourrait juger, à tort, le monde de Régis Sénèque comme froid et clinique.
Clinique, il l’est, mais à première vue. Peu de matière, un extrême dénuement dans les images : des murs blancs implantés en tant que décors, des tissus aux pâles reliefs, des corps nus et souvent sans visage…
Mais la Nature reprend le dessus. Par l’homme déjà, nu et comme universel. Par les herbes qui encadrent le mur, car ce n’est pas l’habitation qui envahit la nature chez Régis Sénèque, comme chez beaucoup de photographes qui enregistrent avec précision un environnement urbain… C’est l’urbain qui tente de s’imposer, d’un bloc et sans soucis d’échelle, dans un espace naturel.
La vie prend le dessus également. Elle est sur l’écorce d’un arbre, elle se meut sous un drap, s’imbrique en une cascade de vêtements sur une silhouette ou dans des corps en mouvement, et puis elle se transmet, aussi, par le bras qui va appuyer sur l’autre.
Pour la froideur : oublions, donc.
Il s’agit plutôt d’un univers basique, lumineux, aérien parce que parfois proche du presque rien qui ferait presque tout.
La blancheur, la maigreur, dominent. Les personnages et lieux sont abstraits. Le passé de peintre qu’était Régis Sénèque a fait son chemin…
Libre à nous, et c’est la grande force de ces images, d’imaginer un contour, un ailleurs, une anticipation peut-être. Un rêve ? Comme cet homme qui se lève du canapé, semblable à une histoire de Duane Michals. Est-ce là une allégorie ou un fantôme ?
Point de peur ici, pourtant. Il y a aussi quelque chose de rassurant dans ces nombreuses séries de photographies. Qui tient de l’ordre de l’indéfinissable car inextricable avec cette ambiance impartiale qui lui est propre. La nature est belle, et bien là, enserrant le bout d’habitat. Le tissu semble vouloir être touché, même s’il remue par cet effet d’optique en triptyque.
Le corps, par la finesse du grain de l’image et par sa couleur translucide, est presque palpable. Effet d’optique aussi ? Jeux de mains sans être vilain. Le langage des mains - et donc de l’image - domine et en deviendrait presque animé.
Le corps choisit la position fœtale, apaisé. Ou encore réfugié droit comme « i » sous l’amas d’habits. Rarement seul, la communion/communication se fait d’elle-même dans l’espace du cadre. Par un corps en multiples mouvements ou ce fameux geste d’entraide.
Des images où l’on s’abandonne, inéluctablement.
Sandrine Derym
Photographe - journaliste
2009